Bases de la prise de vue

Dans les quelques paragraphes suivants, nous allons rapidement passer en revue quelques notions clés en photo, les aspects techniques de la prise de vue qui sont vraiment les plus importants selon moi. A noter que cet article se focalise sur les réglages de l’appareil photo et ne traite pas de la composition, de la lumière ou de la retouche, qui feront l’objet d’articles futurs. A noter également qu’il s’agit plus d’une synthèse ou d’un aide-mémoire que d’explications détaillées. Si certaines choses ne vous semble pas claires, je vous invite à lire les pages de tutos-photo dédiées à ces notions (en cliquant sur les mots en bleu).

L’exposition

Un grand incontournable de la technique photo est l’exposition et tous les paramètres qui y sont liés, à savoir la vitesse, l’ouverture, et la sensibilité (valeur ISO). Une bonne exposition est ce qui permet d’avoir une photo ni trop sombre ni trop claire. Les choses clés à savoir sur ce thème concernent premièrement l’interdépendance entre ces paramètres, par exemple le fait que si, pour une photo donnée, on veut utiliser une vitesse deux fois plus rapide (disons 1/200 au lieu de 1/100 s.), cela va nécessiter de doubler les ISO (p. ex. de 400 à 800) ou de doubler l’ouverture (p. ex. de f/4 à f/2.8).

Il est également important de comprendre les implications esthétiques de ces réglages, en particulier:

  • sensibilité et bruit : une faible sensibilité (p. ex. 100 ISO) permet d’avoir des photos d’une meilleure qualité mais nécessite beaucoup de lumière; une grande valeur ISO (p. ex. 3200 ISO) permet de photographier dans des conditions très sombres, mais diminue la qualité de l’image (apparition de bruit ou de grain).
  • vitesse et netteté : une vitesse rapide (p. ex. 1/1000 s.) permet de figer le mouvement du sujet; une vitesse lente (p. ex. 1 s.) permet d’obtenir du flou, notamment pour représenter le mouvement.
    Pour obtenir une photo bien nette, plusieurs choses entrent en compte: la longueur focale, la vitesse de déplacement du sujet et la stabilité de l’appareil photo. En résumé, si on photographie à main levée au 50 mm, il faut au moins une vitesse de 1/50 s. Avec des focales plus courtes (p. ex. 20 mm), on peut utiliser une vitesse plus lente (1/20 s.), alors qu’avec des focales plus longues (p. ex. 100 mm), il faut une vitesse plus rapide (1/100 s). Cette règle permet d’éviter le flou de bougé, provoqué par le mouvement du photographe.
    Si le sujet photographié bouge beaucoup, il faudra utiliser une vitesse plus rapide (p. ex. 1/2000 s. pour photographier une voiture de course avec un 50 mm). Si le sujet ne bouge pas et que l’on met l’appareil sur un pied, il n’y a aucune limite; on peut avoir une photo parfaitement nette avec un temps de pose de 30 secondes.
  • ouverture et profondeur de champ : une grande ouverture (petite valeur f/) implique une faible profondeur de champ, ce qui permet notamment de rendre flou l’arrière-plan. Une grande profondeur de champ (petite ouverture, grande valeur f/) va permettre de rendre nets plusieurs éléments situés à différentes distances de l’appareil photo. (A noter que la profondeur de champ ne dépend pas que de l’ouverture, mais aussi de la distance de mise au point, de la focale et de la taille du capteur. Voir la page profondeur de champ pour plus d’info.)
Bague d'ouverture

Bague d’ouverture

Dans toute situation photographique, il est possible de faire différents réglages qui donnent lieu à une exposition identique. Ces réglages correspondent à différentes combinaison d’ouverture, de vitesse et d’ISO. En choisissant celle qui nous arrange le plus, on peut utiliser les caractéristiques esthétiques de chaque réglage afin d’obtenir un certain effet (p. ex. une grande ouverture pour obtenir une profondeur de champ courte, une vitesse lente pour représenter le mouvement, etc.). La section ci-dessous, les modes priorité ouverture et priorité vitesse, explique comment faire plus en détail.

Une dernière chose générale importante sur l’exposition : la notion de correction d’exposition. Dans certains cas, il est possible que l’exposition calculée automatiquement par l’appareil ne nous convienne pas, que l’image soit trop sombre ou trop claire. Dans ce cas, on peut appliquer une correction d’exposition, une option qui est le plus souvent représentée par un bouton +/- sur l’appareil ou dans les menus, et qui permet de pousser vers le haut ou le bas l’exposition initiale. Vers le +, l’image devient plus claire, et vers le -, elle devient plus sombre. (Voir les pages Exposition et Mesure de la lumière pour plus d’info sur ce point, ainsi que sur la notion de balance des blancs, que je n’aborderai pas ici, car la balance des blancs automatique donne un résultat assez satisfaisant dans la plupart des situations standards.)

Les modes priorité ouverture et priorité vitesse

Pour obtenir facilement un meilleur contrôle des paramètres d’exposition, une très bonne habitude est d’utiliser le mode « priorité ouverture » ou « priorité vitesse » de votre appareil. En priorité ouverture, vous réglez l’ouverture et l’appareil règle automatiquement la vitesse. Ce mode est utile notamment pour avoir un contrôle direct sur la profondeur de champ. En priorité vitesse, vous réglez la vitesse et l’appareil règle automatiquement l’ouverture. Ce mode est utile si vous recherchez par exemple à rendre une impression de mouvement et que vous avez besoin d’une vitesse assez lente.

Les modes de prise de vue

Les modes de prise de vue

Attention toutefois: ces modes semi-automatique priorité ouverture et priorité vitesse sont très pratiques, mais ils ne font pas de miracle non plus. Par exemple, en priorité vitesse, il n’est pas possible de photographier avec un temps de pose de 10 secondes en plein soleil. Même si l’appareil va faire de son mieux pour obtenir une exposition correcte, p. ex. en fermant le diaphragme à f/22, l’image sera quand même totalement surexposée. A l’inverse, vous ne pouvez pas décemment obtenir une vitesse de 1/4000 s le soir en intérieur. Ce sont des exemples extrêmes, mais ils illustrent une problématique bien réelle et très fréquente. C’est pourquoi, même en priorité vitesse ou en priorité ouverture, il est nécessaire de toujours garder un oeil sur les autres paramètres, notamment sur la sensibilité (ISO). Pour utiliser une très petite ouverture (grande profondeur de champ) ou une vitesse très rapide (mouvement bien net), il faut le plus souvent choisir une valeur ISO élevée. A l’inverse, pour utiliser une très grande ouverture (faible profondeur de champ) ou une vitesse très lente (flou de mouvement), mieux vaudra choisir une valeur ISO basse.

De plus, il est important d’avoir conscience que certaines combinaisons de réglages sont impossibles dans certaines situations. Par exemple, un temps pose de 10 secondes en plein soleil à f/22 reste impossible même à 50 ISO (il faudrait dans ce cas utiliser un filtre gris pour diminuer la quantité de lumière). Autre exemple: pour faire un portrait le soir en intérieur (sans flash ou autre source de lumière puissante), vous serez quasiment obligé de monter à 400 ou 800 ISO, voire plus, même avec un objectif qui ouvre à f/2 ou f/2.8. Avec une valeur ISO basse, vous prenez le risque que la vitesse soit trop lente et que la photo soit floue.

Pour en savoir plus sur ces modes, consultez les pages ouverture et vitesse de tutos-photo ou ce tuto en vidéo.

La mise au point

Un autre aspect important de la technique photo est évidemment la mise au point. Sur ce thème, je serai bref. En gros, il a deux extrêmes : la mise au point 100% manuelle et la mise au point 100% automatique. Dans la plupart des cas, je n’utilise aucun de ces deux extrêmes. Entre les deux, il reste donc, sans surprise, la mise au point semi-auto! Deux choses sont à prendre en compte lors de l’utilisation d’un mode semi-auto: le choix du collimateur de mise au point et le caractère dynamique ou statique de la mise au point.

Commutateur focus manuel/automatique

Sélecteur focus manuel/automatique

Le choix du collimateur renvoie à l’endroit dans le viseur ou sur l’écran LCD où la mise au point sera faite. Ceci signifie qu’au moment de prendre votre photo, vous pouvez déplacer un curseur dans le viseur ou sur l’écran afin de choisir de faire la mise au point sur un élément en plein centre, en haut à droite, au milieu à gauche, etc. Il est très utile d’avoir le contrôle de l’endroit où la mise au point est faite, sans quoi on s’expose à des décisions parfois un peu stupides de la part de l’autofocus tout automatique… Une solution assez pratique consiste aussi à faire la mise au point au centre de l’image (en appuyant une première fois doucement sur le déclencheur), puis de recadrer en plaçant le sujet où l’on veut. Attention cette technique est parfois assez risquée si la profondeur de champs est très courte, car il y a un risque que la mise au point soit légèrement décalée au moment où on va recarder.

Le caractère dynamique ou statique de la mise au point représente ceci: à partir du moment où vous avez effectué une demi-pression sur le déclencheur pour faire la mise au point, soit celle-ci va rester telle qu’elle est (statique), soit elle va se modifier pour essayer de suivre le sujet s’il bouge (dynamique). Les recommandations sur cette question sont assez simples: si votre sujet ne bouge pas ou très peu, mieux vaut utiliser la mise au point statique; si votre sujet bouge beaucoup, mieux vaut utiliser la mise au point dynamique. Pour en savoir plus sur ce point, vous pouvez aussi regarder cette vidéo.

La longueur focale

La longueur focale est un aspect technique qui est souvent sous-estimé et sur lequel j’aimerais aussi dire quelques mots. La longueur focale renvoie au facteur de rapprochement de l’objectif : un télé-objectif (p. ex. 200 mm) permet de rapprocher le sujet, afin qu’il apparaissent plus grand dans le viseur et sur le capteur; un objectif normal (35 ou 50 mm) ne fait rien de spécial (le facteur de rapprochement est quasi nul); un objectif grand angle (p. ex. 20 mm) permet « d’éloigner » c’est-à-dire de cadrer une vaste scène sans qu’il soit nécessaire d’avoir beaucoup de recul.

Un zoom et ses différentes longueurs focales

Un zoom et ses différentes longueurs focales

On peut se demander de prime abord en quoi cela est essentiel, car ça a tout l’air d’un simple aspect pratique – si le sujet est loin il me faudra un téléobjectif; pour une vue normale un 35 mm fera l’affaire; et pour faire une photo en intérieur avec peu de recul il me faudra un grand angle. Cet aspect pratique est non négligeable, mais l’essentiel n’est pas là, esthétiquement parlant. Car en effet la logeur focale à des implications esthétiques importantes.

Le grand angle donne un sentiment de perspective, d’éloignement entre les plans, alors que le télé-objectif écrase cette perspective et donne une impression de rapprochement des plans. Un exemple concret: si on fait un portrait au grand angle, on va devoir se rapprocher énormément du sujet (sinon il sera tout petit dans l’image finale), le résultat donne un portrait peu flatteur, on a l’impression que le nez est immense et situé à 40 cm des oreille (du fait de de l’impression d’éloignement entre les plans induit par le grand angle). Par opposition, un portrait au télé-objectif sera beaucoup plus flatteur. (Pour un exemple en image, vous pouvez regarder cette vidéo ou ces exemples.)

Pour le reportage, un grand angle, en permettant d’être très proche du sujet, donne le sentiment d’être au coeur de l’action, alors qu’un téléobjectif donnera un sentiment de distance. Pour le paysage, un grand angle permettra d’inclure de nombreux éléments dans l’image et donnera une impression de profondeur spectaculaire, en particulier si le sujet au premier plan est très proche de l’appareil photo. Au téléobjectif, tout les éléments de la scène sembleront sur le même plan; le rendu sera beaucoup plus sobre.

Quelques mots sur flash

Sur cette question du flash, je vais être extrêmement bref. En (super) résumé: mieux vaut éviter d’utiliser le flash intégré sur le boitier. Plusieurs raison à cela:

  1. l’axe de l’éclairage: en étant fixé sur l’appareil photo, le flash éclair le sujet de pleine face, ce qui ne met pas du tout en valeur les textures et les reliefs;
  2. la taille de la source de lumière: en étant généralement très petit, le flash intégré créé des ombres très dures;
  3. le manque de puissance: le flash intégré éclair à quelques mètres seulement, donc soit le sujet est proche et beaucoup trop éclairé par rapport à l’arrière plan, soit le sujet est loin et la scène photographiée est grande et le flash ne parvient alors pas à l’éclairer correctement.
les ravages du flash

Les ravages du flash (à peine exagérés)…

Ceci dit le flash n’est pas forcément l’ennemi absolu, on peut l’utiliser dans certaines situation (notamment à contre-jour), avec quelques réglages spécifiques (diminuer l’intensité de l’éclair) ou quelques accessoires pour diffuser l’éclair (ne serait-ce qu’une feuille de papier blanc placé devant). Voir la page Technique avancée au flash pour en savoir plus ou cette formation vidéo.

En guise de conclusion

Voilà selon moi les aspects techniques les plus importants; finalement, ils ne sont pas si nombreux! J’espère que cet article vous aura permis une bonne révision de ces bases et/ou qu’il aura permis de démystifier la complexité technique parfois associée à la photo. Cela me semble important car ces aspects techniques sont vraiment essentiels, puisqu’ils sont profondément en lien avec le résultat esthétique, le rendu final de l’image. Si ces notions vous semblent encore obscures, vous pouvez essayer ce tuto en vidéo.

Si vous voulez en savoir plus sur d’autres aspects essentiels de la photo, vous pouvez consulter les pages composition ou gestion de la lumière de tutos-photos, ou simplement attendre les articles futurs de ce blog! Les articles à paraitre dans les semaines à venir traiteront de ces sujets, toujours dans cet esprit de simplicité et de recherche de ce qui est essentiel.

 

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